Les dangers cachés de l'ouverture de crédit

Même si, au niveau des frais, l'ouverture de crédit semble plus avantageuse lors d'une reprise d'encours, cette solution présente des dangers que les emprunteurs ne soupçonnent pas!

Exemple

Voici un cas vécu: sortant de l'école de coiffure, où elle a obtenu brillamment son diplôme, Anne-Marie a la possibilité d'ouvrir son salon personnel. Le patron chez qui elle a fait ses stages envisage de lui céder son commerce, mais Anne-Marie n'a pas de fonds personnels: elle se rend chez son banquier pour solliciter un crédit de 50.000 € . Analysant la rentabilité du salon, le banquier accepte immédiatement d'aider Anne-Marie, en lui proposant une ouverture de crédit, remboursable en dix ans; en banquier prudent, il lui demande cependant des garanties. N'ayant aucun bien personnel, Anne-Marie demande à sa Maman, propriétaire d'un appartement, de l'hypothéquer au profit de la Banque. La maman ne devra rien rembourser, et son intervention se limitera à donner son appartement en garantie: le montant à rembourser chaque mois n'étant pas trop important, elle pense ne courir aucun risque, et accepte sans problème d'aider sa fille, même s'il s'agit de son seul bien.

Comme dans la majorité des actes d'ouverture de crédit, la Banque prévoit que les montants déjà remboursés peuvent faire l'objet d'une nouvelle avance (une reprise d'encours) et que l'hypothèque est prise pour toute somme qu'Anne-Marie devrait, à concurrence d'un montant maximum de 50.000 € .

Tout se passe bien, et Anne-Marie rembourse le montant dû en dix ans. Anne-Marie et sa maman croient être définitivement tranquilles. Tout aurait été terminé s'il s'agissait d'un prêt, remboursable à un terme déterminé; mais, il s'agit d'une ouverture de crédit réutilisable!

Quelques années plus tard, Anne-Marie épouse quelqu'un qui a un gros besoin d'argent. Elle recontacte immédiatement sa banque qui n'hésite pas à remettre les 50.000 € à sa disposition. La Banque n'hésite pas, puisque la garantie (l'hypothèque sur l'appartement de la maman) existe toujours. Bien entendu, Anne-Marie ne parle pas de cette nouvelle opération à sa maman, qui l'aurait certainement déconseillée; de son côté, la banque n'a aucune obligation de tenir la maman au courant. En peu de temps, les 50.000 € sont dépensés par le mari.

Tracassée par ses problèmes financiers, Anne-Marie travaille beaucoup moins, et la clientèle s'est détournée de son salon de coiffure qui ne fonctionne plus du tout: elle ne parvient pas à faire face à ses échéances.

La suite est facile à deviner: la banque saisit l'appartement de la maman et le fait vendre publiquement. Le prix de vente étant inférieur à 50.000 €, la maman a tout perdu, et se retrouve sans logement.

Le cas de François et de son amie Martine peut être aussi dramatique: ils ont acheté une maison ensemble, en sollicitant une ouverture de crédit. Après quelques années, le crédit est remboursé, mais ils ne demandent pas son annulation. Ils ne s'entendent plus et se séparent; Martine reste dans la maison, et rachète les droits de François. Elle devient seule propriétaire, mais n'a pas demandé à la banque de priver François du droit de demander une réouverture du crédit. Il n'est pas difficile d'imaginer ce qui se passera si François obtient seul des nouvelles avances qu'il décide de ne pas rembourser!

Conseil : prudence !

Ces exemples démontrent les dangers de l'hypothèque prise pour toute somme due par des débiteurs dans le cadre d'une ouverture de crédit. Au moment de la réception des actes, les notaires attirent l'attention de leurs clients sur les risques de l'opération, mais ils ne peuvent pas s'écarter des textes qui leur sont proposés, sous peine de voir la banque refuser le crédit. Il ne faut donc pas hésiter à leur demander toutes les précisions nécessaires au sujet de ces risques.